Diamants- Il n'y a pas de vrai frontières au Zimbabwe
Le marché reste porteur pour les diamants
de couleur
MOZAMBIQUE-ZIMBABWE: Une ville
frontalière à l'heure du diamant.

Photo:
Wikimedia
Commons |
| Un
diamant brut provenant du Zimbabwe – la nouvelle richesse de Manica
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MANICA, 7 janvier 2010 (IRIN) - Sans un véhicule à quatre roues motrices,
conduire sur les routes de terre pleines de nids de poule de Manica est un véritable
défi. Cependant, un flux constant de diamants illicites en provenance du
Zimbabwe voisin permet à de plus en plus d’habitants de cette ville pauvre de
l’ouest du Mozambique de s’acheter un véhicule tout terrain.
Les rues de Manica grouillent d’activité et la nouvelle prospérité – qui
se manifeste par la présence des derniers modèles de Hummer ou de Toyota haut
de gamme, toujours équipés de vitres teintées – est bien visible le long de
l’avenue Eduardo Mondlane, la seule artère importante de cette ville poussiéreuse
située près de la frontière zimbabwéenne.
La frontière est redynamisée par le diamant : de nouveaux restaurants et de
nouvelles boutiques ont ouvert leurs portes et offrent toutes sortes de produits
– tous importés d’Afrique du Sud.
La région était autrefois reconnue pour ses niveaux élevés de pauvreté et
de malnutrition. Aujourd’hui, des revendeurs de diamants – parmi lesquels de
nombreux étrangers – regardent les véhicules de luxe parader depuis des
terrasses blanchies à la chaud et des hôtels retapés à la hâte.
« Les diamants arrivent au Mozambique clandestinement et mystérieusement. À
Manica, personne n’a le droit d’en [acheter ou d’en vendre] parce que nous
n’avons pas de ce minerai », a dit à IRIN Jose Tefula, administrateur du
district de Manica.
Les diamants proviendraient des vastes champs diamantifères de Chiadzwa, dans
la province orientale de Manicaland. Le site de Chiadzwa se trouve à environ 90
kilomètres au sud-ouest de la ville de Mutare, à proximité de la frontière
est du Zimbabwe. Les trafiquants ont recours aux services de « mules », qui
ingèrent souvent les pierres pour les faire entrer clandestinement au
Mozambique, a ajouté M. Tefula.
Selon Alberto Limeme, chef de la patrouille de gardes frontières de Machipanda,
le principal point de passage entre le Mozambique et le Zimbabwe : « les
diamants ne peuvent traverser la frontière sans être accompagnés des
documents nécessaires, mais nous n’avons pas assez de personnel pour exercer
un contrôle approprié ».
D’après certaines informations, des pierres valant plusieurs centaines de
milliers de dollars entrent chaque mois clandestinement dans le pays. En décembre
2009, les autorités ont saisi plus de 500 grammes de diamants sur un seul
contrebandier.
Le service des migrations du Mozambique et la patrouille de gardes-frontières
ont récemment mené une opération conjointe pour endiguer le flot, mais
n’ont pas réussi à contrôler le trafic illégal de pierres précieuses, a
reconnu M. Limeme.
| « Les
gens sont prêts à risquer leur vie pour faire passer des diamants de
l’autre côté de la frontière » |
Implication politique
D’après M. Limeme, les autorités du Zimbabwe sont au courant depuis
longtemps du trafic illégal de diamants, mais « tant que les Zimbabwéens ne
feront rien pour y mettre fin, il sera très difficile pour nous de contrôler
l’entrée des diamants sur notre territoire ».
Des centaines de milliers de mineurs artisanaux ont afflué dans la région de
Chiadzwa. Fin 2008, après plusieurs tentatives de la police pour rétablir le
contrôle, le président zimbabwéen Robert Mugabe a envoyé des soldats pour
les faire partir.
Un rapport
publié en juin 2009 par l’ONG de surveillance internationale Human Rights
Watch (HRW) accusait les forces de sécurité zimbabwéennes d’avoir tué plus
de 200 mineurs en 2008 – une allégation qu’a niée le gouvernement de M.
Mugabe – et recommandait la suspension du Zimbabwe du processus de Kimberley,
un système de certification pour le commerce international de diamants.
Les champs diamantifères sont maintenant contrôlés par les militaires et,
d’après certaines informations, des soldats obligent les villageois à
chercher des diamants pour le bénéfice de responsables du gouvernement ou
d’officiers de l’armée.
Selon un rapport publié en 2009 par l’un des principaux artisans du processus
de Kimberley, Partnership Africa Canada, et intitulé Zimbabwe,
Diamonds and the Wrong Side of History : « les diamants zimbabwéens
proviennent de mines qui profitent à des gangsters des milieux politique et
militaire, et ils sortent clandestinement du pays par seaux entiers ».
Risques et récompense
« Les gens sont prêts à risquer leur vie pour faire passer des diamants de
l’autre côté de la frontière », a dit à IRIN, à Manica, un commerçant
de diamants zimbabwéen qui a souhaité garder l’anonymat.
Il y a tout de même des risques : « il faut donner des pots-de-vin aux soldats
qui surveillent les mines au Zimbabwe, puis traverser les montagnes pour
atteindre la frontière. Mais c’est ce qui crée la richesse de Manica ».
Des diamants ont été vendus à des acheteurs étrangers pour environ 1 350
Meticais (46,50 dollars) le gramme, soit beaucoup moins que les prix moyens
pratiqués dans le reste du monde, a-t-il ajouté. Des négociants du Mali, du
Nigeria, de la Somalie, des Grands Lacs, d’Israël et du Liban les sortent du
pays pour les traiter et les vendre sur le marché mondial.
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